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A la joie par la joie

Classé dans : Graines d'écrits — 22 novembre 2018 @ 15 h 47 min

 

«  Qu’on donne ample liberté de sauter, courir et crier à cœur joie. La gymnastique, la musique, la déclamation, le théâtre, les sorties favorisent puissamment la discipline et la bonne santé soit physique, soit morale  » Don Bosco à ses éducateurs en 1877.

Loin d’être un thème « ringard », le thème de la joie fait actuellement l’objet de réflexions approfondies de la part de plusieurs philosophes, disciples de Spinoza… Quant à la consigne de Don Bosco, elle n’est pas du tout naïve, si on se rappelle que la joie ne consiste certainement pas en un contentement béat devant la réalité. Qui comprendrait le « Soyez joyeux ! » de cette façon finirait par ressembler à une statue de cire du musée Grévin, certes toujours souriante, mais manquant singulièrement de lucidité, d’émotions et de sentiments ! Il n’est de vraie joie que celle qui, courageusement, prend en compte ses aspects tragiques et absurdes que dans ses côtés gratifiants. Est-ce que la joie a quelques rapports avec le plaisir ? Bien sûr ! Mais la joie ne saurait résider dans l’accumulation de plaisirs ponctuels. Certes, avoir suffisamment de plaisir est, le plus souvent, une condition pour devenir joyeux, car le plaisir est comme une fête du corps, qui renforce la conviction que la vie « vaut le coup d’être vécue ». Cependant, chacun l’a expérimenté, on peut devenir triste de connaître tel ou tel plaisir, si celui-ci est source d’aliénation ; pensons par exemple au plaisir que procure la boisson à une personne alcoolique. La joie ne doit pas être confondue avec le bonheur. Ce dernier terme évoque, en effet, un état stable et gratifiant dans lequel toutes les aspirations de la personne à la liberté, à la bonté, à la sagesse, etc., seraient enfin réalisées. La joie, quant à elle, traduit une expérience de vie, beaucoup plus fragile et temporaire. Même si elle peut durer de longues périodes, elle n’installe pas la personne dans un état de béatitude proche de celui que l’on peut deviner sur les statues de Bouddha. La joie est souvent mouvementée. En tout cas, elle est mouvement et ne protège nullement des tempêtes de la vie.Pour mieux le comprendre, il suffit de regarder des amis qui préparent un grand voyage touristique à l’étranger, et qui le racontent par la suite. La préparation de l’expédition apparaît déjà toute marquée de moments joyeux, comme si les plaisirs futurs de la découverte rejaillissaient de façon anticipée sur l’expérience présente. Certes, chacun des futurs voyageurs sait qu’il risque « d’en baver » par moments. Mais ce n’est pas pour lui déplaire ! Il saura mieux ainsi qui il est vraiment. Et de fait, lors du retour, le récit du périple se fait parfois lyrique, racontant les joies multiples qui ont été expérimentées : joies de la découverte d’une autre culture, d’un autre environnement ; joies des exploits physiques réalisés, des liens amicaux approfondis, des obstacles vaincus… On le voit clairement à travers cet exemple, la joie n’est pas simplement au terme du voyage réussi, comme un fruit des efforts consentis. Elle est présente dès le début, au point de motiver la décision de prendre les risques de la découverte, et de soutenir les voyageurs tout au long du parcours, malgré les inévitables moments pénibles.La joie est ce qui surgit quand on a réussi à faire croître l’humanité en soi-même et en autrui. Elle est un véritable aliment du désir en son surgissement et en son déploiement. Tout en apaisant la personne, elle creuse encore davantage son envie de devenir un homme ou une femme libres. Elle s’exprime dans toutes les dimensions de l’être, provoquant souvent une sorte de détente du corps, au point parfois que les larmes viennent à jaillir ! Mais, parce qu’elle ne se réduit pas à des sensations corporelles, elle peut tracer son chemin même par delà les expériences de souffrances physiques ou psychiques, et jusque dans les conflits interpersonnels ou sociaux. Les personnes qui vivent une forte joie s’écrient parfois : « C’est trop ! ». Comment comprendre cela ? C’est le signe que la joie ne se conquiert pas de vive force, mais qu’elle est expérience de gratuité, voire d’excès. Elle s’empare de nous, dépassant nos attentes, et nous ouvrant à une sorte d’au-delà de l’instant présent.

(d’après X.Thévenot)

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