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Archive pour la catégorie 'Graines d’écrits'

Flottement

Posté : 15 janvier, 2018 @ 6:03 dans Accueil, Graines d'écrits | Pas de commentaires »

« Flâner, ce n’est pas suspendre le temps mais s’en accommoder sans qu’il nous bouscule. » Pierre Sansot

- J’ai lu votre C.V. Un très bon C.V. Très intéressant. Il y a quand même un trou là, juste après vos études. Vous n’avez pas travaillé tout de suite.

- Ah oui, il y a un léger trou en effet. A peine perceptible.

- Certes. Qu’avez-vous fait pendant cette période ?

- Une pause. Il me semble. Une petite pause.

- Une pause. Mais qu’avez-vous fait pendant ce temps ?

- Rien de notable. Je faisais une pause. Je restais assis sur un banc à regarder les gens, vous voyez, ce genre d’occupation.

- Les gens ? Pourquoi les gens ?

- Parce qu’il y en a toujours ici. On les voit courir, en ordre dispersé ou groupés. Ils avancent légers comme leur ombre, ou épuisés sous le poids de leurs pensées, ils vont et viennent comme de petits bateaux. C’est intéressant. Ils vont par là. Ils vont par ici. En groupe comme une escadre. Ils ont leurs endroits favoris. Il y a aussi des gens isolés. Ils sont plus faciles à suivre. Même, avec un peu de volonté, on peut tenter de suivre la trajectoire individuelle de quelques personnes parmi la troupe. Pour savoir où on en est. A qui on a affaire. Ou bien on peut juste laisser son œil voguer d’une personne à l’autre, d’une personne bercée par de la musique à l’autre, dont la préoccupation principale est de réajuster sa coiffure à cause d’un coup de vent ou l’une encore qui s’assoupit presque tout en continuant à marcher. Voilà tout. Rien de notable. C’est pourquoi il y a ce petit trou. J’ai simplement fait une pause. Je flânais avec le monde qui m’entourait.

- Peut-être. Peut-être. Mais un C.V, c’est comme une combinaison de spationaute. Le moindre accroc, le moindre trou peut être fatal. Vos explications sur les personnes ne m’ont pas convaincu. Ce trou à la charnière de vos études et de votre vie professionnelle me semble révélateur, voyez-vous. Vous avez hésité. Vous avez gagné du temps. Vous avez rêvassé.

- Une simple pause.

- Un flottement ! Des rêveries ! Je pense que c’est assez clair. Nous avons besoin ici de gens cartésiens et performants. Pas de flâneurs !

 

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Rêveuse

Posté : 11 janvier, 2018 @ 2:11 dans Graines d'écrits | Pas de commentaires »

La vie. Elle est si loin, elle est si proche.  Je ne crois plus dans l’Histoire, ni dans l’Économie, ni dans aucun des grands mots que nos Académies nous obligent à écrire avec des majuscules, État, Église, Esprit… Autant de mots qui, pour moi, comptent beaucoup moins que les petits, comme robe, arbre, peau ou matin de pluie.

Mais je crois, crois à l’Amour comme une folle – en lui reconnaissant un A immense. Amoureuse permanente, qui a su intégrer à sa jubilation et à ses fièvres la lenteur, la patience, le silence, et même le vide.

La vie est en nous comme la figure dans la pierre de taille. Il faut les coups du sculpteur pour l’extraire. Il faut la brutalité radieuse d’un amour ou d’une petite mort, assoupie quelque part dans les plis du sang. La beauté suspendue dans le grain de l’air heurte un jour la beauté qui rêve au-dedans de nous, et c’en est fini, et tout commence : plus rien ne nous sépare de rien. Tout est comme au premier matin du monde : donné. Répandu dans les nerfs comme dans les blés. Relevant de la seule appartenance à la terre douce et ombrageuse.

Oui, l’âme, s’il y a quelque matière de la sorte, est ce remords du sculpteur, cette rognure du marbre que les ciseaux font jaillir dans le ciel, afin qu’un visage advienne, afin que les pierres parlent, marchent, en appellent à la clémence des hivers, et aux amours vraiment teintés de vérité.

L’écriture relève de l’ordre de la vie, c’est à dire du désir. On ne peut pas créer artificiellement un désir, les besoins, oui, les satisfaire, ou pas. Mais le désir est toujours une histoire d’amour, une histoire passionnelle qui entre loin dans la vie de l’autre. Le désir ébranle tout, la chair et l’esprit. C’est une histoire aussi qui vient loin de la vie de l’autre. 

 

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Mon amur

Posté : 20 décembre, 2017 @ 2:38 dans Graines d'écrits | Pas de commentaires »

D’abord, Suzanne l’aperçut de sa fenêtre. Beau. Un peu brut comme ça, un peu indécent par sa nudité. Il devait mesurer au moins un mètre quatre vingt dix. C’est simple, dressé devant sa fenêtre, il masquait les roses de Mademoiselle Fanette et les haies de Monsieur Renardeau. Elle abandonna sa tasse de café et sortit, attirée par cet aimant. Plus elle se rapprochait, plus il grandissait. Quelle force autour d’elle ! Aucun homme ne pourrait autant la rassurer. Elle ne put s’empêcher de le frôler. Au début, ses doigts l’effleurèrent, puis sa main toute entière caressa les pores rugueux de sa stature. Il était froid. Non, plutôt frais ; enivrant comme une baignade en Méditerranée. Les yeux fermés, elle colla à lui tout son dos, et le caressa encore. Mollement, sa tête bougeait ; d’est en ouest, elle balançait son sourire aux anges. Il accrochait ses cheveux ; il retenait entre ses callosités quelques mèches, puis les laissait s’échapper. Inlassablement, il le faisait de chaque côté. Elle adorait qu’on lui caresse les cheveux ; qu’on les tripote, qu’on les tire un peu, juste un peu, comme Gérald sait. Gérald sait ; d’ailleurs, son salon de coiffure est toujours bondé. Trop bondé. Lui s’arrêterait quand elle, elle déciderait. Lui, c’était… Comment le nommer ? Lui trouver un nom, quelle idée ! Mais Murat, est-ce que ça irait ? Ou Muret ? Murier? Murir? Murène ? Mururoa ? Jean-Pierre lui vint à l’esprit. Jean-Pierre, c’était bien. Pierre n’aurait pas suffit. Féminin au sens nominal, il tend vers l’ambiguïté. Elle aimait le rehaussement masculin de Jean. Elle caressa encore une fois son Jean-Pierre, si docile, si muet. Rien ne pourrait la déranger. Rien, sauf l’arrivée de Mademoiselle Fanette. Elle débarqua, les bras chargés de quatre pots de lierres à planter. «  Faut un peu l’égayer, ce grand gaillard tristounet !  » –  » C’est gentil, Mademoiselle Fanette, mais il ne fallait pas, commença Suzanne. Merci beaucoup, mais gardez vos lierres  » . Suzanne hissa à nouveau les pots sur la poitrine de sa voisine, qui les agrippa, le regard ébahi et la bouche sans voix. Vexée, la vieille dame tourna les talons, en maugréant qu’on ne l’y prendrait plus. Suzanne soupira. Rien ne pourrait la déranger. Elle adressa à Jean-Pierre un sourire de complicité. Personne ne pourrait la déranger. Personne, sauf Monsieur Renardeau. Il débarqua avec deux énormes pots de peinture.  » Faut un peu l’égayer, cette espèce de surface de menhir ! « . Il posa les pots, soupira, puis leva les yeux, la main droite sur le front pour se protéger du soleil.  » – Ben dis donc, il est haut et large » souffla-t-il.  » – C’est gentil, Monsieur Renardeau, mais il ne fallait pas » commença Suzanne  » Ce n’est pas la peine, je le veux comme ça, brut, originel. Vous comprenez, c’est un souvenir de mes ancêtres. » Un sourire hypocrite sur le visage, elle le remercia une dernière fois. Outré, le voisin referma son blanc cassé, et tourna les talons en maugréant qu’elle n’y connaissait rien à la beauté. Suzanne soupira. Personne ne pourrait plus la déranger. Personne sauf le caniche de Mademoiselle Arlette qui ne manquerait pas de venir l’arroser, son Jean-Pierre !

 

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Jour et nuit

Posté : 18 décembre, 2017 @ 1:11 dans Graines d'écrits | 1 commentaire »

Il y a un temps où ce n’est plus le jour, et ce n’est pas encore la nuit. Le bleu qu’il peut rester dans le ciel n’est qu’une couleur pour mémoire. La dernière lumière s’en va. Elle a fini sa tâche qui était d’éclairer nos yeux, d’orienter nos pensées, et maintenant elle s’en va. Elle glisse du ciel sur les arbres, puis des arbres sur la terre. Quand elle touche le sol, elle est toute noire. Ce n’est qu’à cette heure-là que l’on peut commencer à regarder les choses ou sa vie : il nous faut bien un peu d’obscur pour bien voir, étant nous-mêmes composées de clair et de sombre. Dehors, il y a les étoiles. Comme des clous enfoncés dans le ciel, de l’autre côté. Elles brillent, dépassant légèrement par leur pointe. Un vent passe sur les chemins, entre les haies, traversant toutes choses comme une parole d’eau pure ; il fait comme un murmure nous disant que tout va bien, que nous pouvons sans regret baisser les paupières et entrer lentement dans l’ondée du sommeil. Avec le soir, descendent les grands sentiments. Ils entrent dans l’âme comme les loups dans les villes. Faim de beauté, de calme, de joie, de tendresse. Des anges nous gardent, qui sont des gens comme nous, sauf que rien ne les trouble : si purs que personne ne les voit. Il y a un mélange de choses que je ne sais pas bien dire, peut-être parce que je ne sais pas bien les entendre. Je me tiens là, dans la fraîcheur d’une pensée sans objet. C’est une heure éternelle dans la vie de chaque jour. C’est l’heure où vous étiez près de moi, et à présent vous n’êtes plus là et je vous vois encore, et j’ose à peine vous regarder, car toutes les lumières du monde sont là, retirées en vous, et vous ne vous en doutez même pas.

 

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Avent

Posté : 18 décembre, 2017 @ 12:49 dans Graines d'écrits | Pas de commentaires »

Cet an encore

Viendra l’hiver et le gel.

Là-bas,

Il y a longtemps déjà,

Imperceptible ou presque,

Le poids de ta présence,

Dans les bras décharnés d’un vieux rabbin,

Avait bercé son attente.

Au cœur de nos désirs, tout recommencera :

Une étoile nouvelle se mettra à briller,

Un enfant que l’on porte

Tout contre son visage

Et qui s’enivre de baisers.

 

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