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Archive pour la catégorie 'Graines d’écrits'

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Posté : 22 novembre, 2017 @ 1:33 dans Graines d'écrits | Pas de commentaires »

Si je te dis que je suis Milanollo et que mon père s’appelait Antonio Stradivari, tu seras certainement curieux. Je suis un violon. Le plus grand des luthiers m’a créé en 1728… C’était il y a bien longtemps, l’ humain que tu es dira plus de trois cent ans, mais moi, violon, je ne compte pas les années ou les siècles. Je suis toujours là, vaillant comme jamais, le temps n’ayant pas de prise sur mes formes délicates et mon vernis d’adolescent. 

Lorsqu’on me voit pour la première fois, on est frappé par la beauté de mon fond en érable et par les veines serrées d’épicéa qui s’élargissent sur les bords. Je ne parle pas du vernis orange doré qu’on peut, c’est ma fierté, admirer dans son éclat presque original. Je suis né de géants sylvestres dont je connais peu de choses. Ma mémoire des sons est meilleure que celle des premiers instants de ma vie. J’ai ainsi oublié comment Antonio a fileté ma voûte au bédane et sculpté mon chevalet dans une fine lame de sycomore. Je me revois seulement pendu en compagnie de quelques frères d’atelier sur le fil tendu dans un coin de la bottega, en train de sécher mon vernis d’une belle pâte orangée, vive comme un coucher de soleil. 

« Coucher de soleil », c’est ainsi que m’appela le père, et j’ai porté ce nom puis celui de Viotti grand virtuose, avant de devenir Milanollo en étant légué à la si jolie et talentueuse violoniste italienne Teresa. 

Le destin d’un violon est ainsi, mon nouveau maître Corey Cerovsek ne vivra pas assez longtemps pour user les bois choisis jadis par mon père Antonio. De vagabondage en aventure, ma vie chevauche crânement l’histoire des hommes et celle de la musique. Connu, apprécié, sans souci du lendemain, sans préoccupation pour l’avenir, je  suis un violon philosophe…

 

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Le Christ jaune

Posté : 20 novembre, 2017 @ 2:32 dans Graines d'écrits | Pas de commentaires »

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Le Christ jaune 1839 Gauguin – Pont Aven

Il est jaune

Avec une étrange pitié dans ses traits,

Comme étonnée d’elle-même.

Dans les stries de sa poitrine,

Cogne encore l’asphyxie.

Une main raidie

A peine déposée sur le corps

Comme appuyée sur son dernier souffle.

Il est jaune.

Jaune comme le visage de ceux qui agonisent.

Jaune car les blés sont toujours jaunes

Quand la chaleur d’août les a mûris.

Jaune comme les lacs d’Orient,

Jaune comme les barrières de genêts

Dans la cascade de talus.

Ne meurs pas, ne meurs plus…

Christ jaune, tu es descendu de ta croix.

Gonfle ta poitrine de tout le souffle de la mer,

Redonne à tes bras la ronde vigueur de tes trente ans,

Que tes lèvres murmurent encore l’alliance

Splendide de la terre et du ciel,

Et marche,

Marche avec nous, sur nos chemins bleus.

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 Chapelle de Tremalo – Le Christ Jaune à Pont Aven

Voyage…

Posté : 19 novembre, 2017 @ 3:06 dans Graines d'écrits | Pas de commentaires »

« Si tu n’as pas étudié, voyage. » (proverbe peulh)

Moi, enfant, c’est dans le récit de voyages d’aventuriers, à plat ventre sur le tapis, ou camouflée sous la table de camping couverte d’une couverture pour représenter ma tente, c’est dans mes jeux solitaires et mon imaginaire débordant, c’est dans la contemplation de cartes, ou de photographies, que j’avais déjà l’envie de partir . Je ne saurais trop dire le nom de ce qui me poussait vers le lointain, vers l’étranger, le si différent. En tout cas, cela était tapi en moi (il l’est toujours d’ailleurs), mais un jour, pour de bon, je m’en suis allée pour de bon. J’ai eu cette chance et ce bonheur. La magie des noms de lieux (Ouagadougou, Boassa, Koubri, Gorom-Gorom…) enchantaient mes oreilles en ne disant plus « un jour, peut-être, j’irai là-bas », mais « j’y vais ! ». Je rêvassais.

Faire un voyage. Peut-être est-ce le voyage qui m’a faite… Je me rappelle ma première douche où un insecte que je jugeais laid et énorme est sorti de la bonde. Je me suis dit à ce moment-là : ou je crie, et je vais crier pendant des mois, ou je me tais, je prends ma douche, je demanderai après ce que c’est, parce que je suis venue pour autre chose que hurler… j’ai bien fait, ce n’était qu’un vulgaire cafard burkinabé !

Pourtant en cette période si particulière, j’ai envie de partager encore ces phrases d’un autre voyageur :

« Au retour de nos marches, tout nous paraît injuste parce que tout coule à flots, parce que tout s’étale et s’expose, parce que tout est à vendre et à acheter. Parce que, là où les uns mettent des heures à remplir les cruches, les jarres, à les charrier de la rivière à la case, les autres n’ont qu’un robinet à tourner. (…)
Parce que, là où les uns vont, pauvres mais libres, les autres vont, riches mais entravés.
Injuste parce que l’existence des uns ne dépend que d’une mauvaise récolte, d’un méchant coup de vent, tandis que l’aisance des autres ne dépendra jamais que d’un mauvais coup de bourse.
Injuste, parce que nous, marcheurs, voyageurs, errants, ne savons plus, au retour, à quelle sauce dévorer notre mauvaise conscience, dans quelle sorte de répertoire nous classer.
Injuste, parce que nous sommes le symbole même de cette injustice. Parce que nous avons été voir chez les autres alors que ceux-ci ne viendront jamais voir chez nous… » 

Jacques Lanzmann me donne alors la simple envie de repartir avec un sac, vers des pays lointains. Juste pour marcher.

ontheroadgc7Photographie de Dominique Faye

 

Il y eut…

Posté : 14 novembre, 2017 @ 2:10 dans Graines d'écrits | Pas de commentaires »

« Pour annoncer le commencement de quelque chose, on parle toujours du premier jour, alors que c’est la première nuit qui devrait compter, c’est elle qui est la condition du jour, le jour serait éternel s’il n’y avait pas la nuit.  » (José Saramago). « Il y eut un soir, il y eut un matin »… premier jour… deuxième jour… La nuit est mère de tout, les ténèbres vont permettre à la lumière d’éclater. Évoquons la rupture du ramadan, les nuits de la naissance et de la résurrection du Christ pour les chrétiens, nuit incontournable, annonce du jour qui vient. Et quelle impertinence de voir que le Ressuscité est fils de la nuit puisque accueilli par des bergers, des nuitards, des mis à l’écart, qui sont les seuls à veiller. La nuit est le lieu du silence mais en même temps celui du cri…. Cri de jouissance, cri de souffrance, cri de naissance, cri d’agression, feulement de bagarres de chats… On entend mieux, les sons ne sont pas aussi brouillés que le jour… la nuit c’est le lieu de la proximité physique où l’on se tend les uns vers les autres pour mieux s’entendre, où l’on se « déshabille », où l’on quitte son masque social de la journée, pour entrer dans un espace qui ne laisse pas indifférent : on se quitte, on s’aime, on tue, on prie, on abandonne, on se prostitue… La nuit est aussi le monde de la dépense, de chiffres d’affaires, un monde de fric pas forcément très propre. Il y a les nuitards du dehors, et puis ceux du dedans qui font rentrer le dehors chez eux par la télévision. Ce sont des nuitards clandestins en quelque sorte, qui se créent un ailleurs sans mesure, une illusion de la diversion. Mais de toute manière, la nuit n’est anodine pour personne. Car c’est un lieu de rencontre : avec d’autres ou avec soi-même, et qui peut faire du bien comme elle peut faire du mal. La lumière de la nuit met les visages à nu. La nuit est là : « Il y eut un soir »…. La nuit renvoie à la création. La nuit peut renvoyer à la chambre noire du photographe où ces termes techniques de « lumière », « foyer », « révéler », « ouverture », « développer » peuvent, comme le dit C.Bobin, « être sortis de la chambre noire et rendre une autre clarté dans un ouvrage de méditation – autant dire dans l’amour ».

Ecrire…

Posté : 13 novembre, 2017 @ 1:47 dans Graines d'écrits | Pas de commentaires »

Écrivain ! Je suis plutôt artisan. Comme quelqu’un qui travaillerait le bois ou le fer. Je travaille les mots avec plus ou moins de bonheur. Tel un carreleur qui pose ses petites pièces de marbre ; mariant les couleurs, associant les formes pour fixer un fragment de vie, un morceau de soleil ou le rire d’un enfant. Ainsi, je vais sur ma feuille vierge. Tel un carreleur. Mes lettres sont autant de petites pièces, de carreaux, de formes, autant de couleurs, de rêves… Telle une suite d’images, l’une après l’autre, j’en fais une mosaïque. . Mes personnages, mes situations, mes idées… sont autant de miroirs pour l’âme d’une vie en route. Autant de signes. Autant d’appels. Autant de cris. Autant de soleils.

Tel un artisan, je vais dans ma solitude. Avec mes petites pièces de marbre, avec mes petits mots qui coulent en paroles pour désaltérer la soif de ceux qui m’écoutent, qui m’aiment. Mon discours traverse toutes les mémoires, toutes les lumières, toutes les grandeurs et toutes les faiblesses réunies. Qu’importe finalement la couleur de mes mots. Seul leur poids compte. Mes mots, des couleurs. En même temps, je voudrais dire quelque chose de consolant, comme de la musique. Je voudrais dépeindre des hommes ou des femmes avec un certain degré d’éternel, porteurs simplement du rayonnement et la vibration de la vie donnée ou reçue. Toute aventure humaine est faite de ces rencontres. Ils m’ont apporté, tous, une certitude : en dépit de tout sens, la vie vaut le coup d’être vécue.

 

 

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